ATELIERS D'ECRITURE

ECRIRE, LIRE... DE LA POÉSIE, DE LA LITTERATURE, FABRIQUER ET RELIER DES LIVRES, PARTICIPER AUX ATELIERS D'ECRITURE, VOYAGER ET ECRIRE

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LECTURES SOUS L'ARBRE 2012

RENDEZ-VOUS
aux 8 èmes LECTURES SOUS L'ARBRE


Le samedi 23 juin à 15 heures
à Andrésy, dans notre jardin bucolique et associatif des bords de Seine.
Thème 2012 : Le chant des sirènes

A vous d'écrire!
Poésie, chanson, récit, discours, recette de cuisine, blâme, éloge, fragment...
la forme est libre.
Vous pouvez bien entendu suivre Ulysse, mais les chemins les plus farfelus sont acceptés :
Le chant des six reines, Le champ des six rennes...


Pas de contrainte de longueur, simplement une limite de temps :
quatre à cinq minutes de lecture maximum par texte.

DES HISTOIRES TOUTES FRAICHES

Venez avec votre texte, vous le lirez ou le donnerez à lire sur place.
Vous ne serez pas présent, vous souhaitez le confier à un comédien?
Vous pouvez aussi l'adresser pour une première lecture à artelier@neuf.fr

Amis, enfants, conjoints, artistes plasticiens ou musiciens, promeneurs sont invités à lire et entendre ces histoires dans un esprit convivial de partage.
La manifestation est réputée pour son ambiance détendue et son goûter dans l'herbe.
Pensez à glisser une boisson ou une gourmandise dans votre besace.
Entrée libre pour tous, côté Seine.

Association Gaz à Tous les Etages (GATE), 59 bis rue du général Leclerc, Andrésy (78). Tél. 01 39 27 02 14 http://gazatouslesetages.blogspot.fr/
Photos HD disponibles sur demande. Pour plus d'infos : Gwenaëlle Leprat, tél. 06 16 77 23 43.

Pour venir en aide à ceux qui craignent les monstres marins : "Ce qui perd les navigateurs lorsqu'ils entendent le chant des sirènes, ce n'est pas qu'il soit surnaturel mais au contraire qu'il soit imparfait et tellement humain qu'il emmènerait les hommes à la source, là où le chant commencerait vraiment..." (A la rencontre de l'imaginaire, Maurice Banchot in Le livre à venir)

STAGES ET ATELIERS Saison 2011-2012



Les ateliers Gaz à tous les étages à la Maison des Arts de Maurecourt :
Le jeudi de 19h à 22 h (ou de 19 à 21 h)
-les 6 et 20 octobre
-les 3 et 17 novembre
-les 1er et 15 décembre


Voici comme prévu les dates de nos ateliers du 2eme trimestre :
les jeudis
- 5 et 19 janvier
- 2 et 9 février
- 8 et 15 mars

et pour le 3eme trimestre :

- 5 et 12 avril
- 3 et 24 mai
- 14 et 21 juin

les vacances scolaires expliquent les dates assez rapprochées...

Voici les dates de l'autre groupe : (aussi pour ceux qui ont des séances à récupérer)
- les samedis
- 14 et 28 janvier
- 4 et 11 février
- 17 et 24 ou 31 mars


Adhésion à l’association Gaz à Tous les Étages 15€ en sus

Journées «découverte» ou «à thèmes»
Écriture «in situ», une fois par trimestre
Association Gaz à tous les étages
siège : 59 bis rue du gal Leclerc à Andrésy (78)
Tél. 01 39 27 02 14 - 06 16 77 23 43

RENDEZ-VOUS D'ÉCRITURE "IN SITU" (suite)

à la galerie d'arts africains NAST À PARIS  
(suite avec trois ou quatre photos)





le mardi 14 décembre à 19 heures (précises)  - 10, rue d'Alger, Paris (1er)
Animation des temps d'écriture et de lecture in situ, Gwenaëlle Leprat
Avec Jean-Claude et Francis Réveillaud, érudits et accueillants galeristes.


Sur inscription au 01 39 27 02 14 ou 06 16 77 23 43 ou par mail : artelier@neuf.fr




Mardi 14 décembre à 19 heures (précises)
10, rue d'Alger, Paris (1er)

Métro Tuileries - ligne 1- (50 mètres),
ou
parking place du Marché St Honoré (100 mètres).


http://www.nastaparis.com
PUBLICATIONS Livres et Poèmes

Gaz à tous les étages
et Christian Lavalette présentent quelques recueils imprimés sur papier Arches ou Johannot, fait main, 100% coton.
Edités en nombre limité, fabriqué main, numérotés certains signés de leur auteur.

Certaines images renvoient au blog (LIVRES EN FÊTE) incluant les textes ou extraits et photos des ouvrages... cliquez, bonne lecture !  - Contact : gazatouslesetages@neuf.fr

Quelques poèmes au hasard...
 Trois volets : un, deux ou trois poèmes au hasard choisis pour leur beauté ou leur extravagance.


Un extrait d' Immaculée conception d' Eluard et Breton,
Aquatique et Blanche la nuit délicieux poèmes de Gwenaëlle Leprat,
La fin du monde de Gherasim Luca,
Le martinet
de René Char,
Tchacatcha
de Gwenaëlle Leprat, nouvelle inspirée de ses souvenirs d'enfance au Biafra.

Les ouvrages présentés sont édités et imprimés sur papier Arches 185g au format 14 x 40 cm en tirage limité. 

AQUATIQUE













Définitivement aquatique,
au gué de la rencontre,
souple.

Surtout ne rien thésauriser,
ouvrir ses ailes,
glisser.

AMANTS

Elle le démêle
comme un filet
de ses mots limpides
sortis du gouffre.

Elle lui rend la sève
et l’espoir
le goût de profiter
du feu que dégagent
ses branches mortes
libérées par la taille

Il se sent rossignol japonais
vif comme la peur
agile comme l’espoir
confiant comme l’eau du bol
dans lequel il s’ébouriffe.


NULLE PART AILLEURS

C’était un flot, un flux, une échappée, un cours d’eau
C’était une veine, une trachée, une courroie, une voie,
C’était un lit, un fossé, un ruisseau

Où ruisselait, cheminait, serpentait, avançait, s’écoulait, fuyait

Inlassablement, continuellement, perpétuellement, tout le temps,

Il traversait, coupait, tranchait, barrait, gravait, traçait,
Le clos, le champs, le carré, le pré, la propriété, le jardin secret

Et l’enfant, le môme, le gamin, le p’tiot, le mioche, le marmot
S’arrêtait, freinait, butait, reculait, revenait

Il regardait, observait, rêvait, voulait, désirait, espérait
Franchir, passer, surmonter, sauter, traverser,

Là, devant lui, nulle par ailleurs.

Gwenaëlle Leprat


BLANCHE, LA NUIT












sortir

du gouffre de l'ennui
et trembler dans la nuit blanche qui l'enveloppe doucement de ses ailes soyeuses
et le dépose sur l'asphalte,
libre
de s'embraser tel un fétu de paille
de veiller sur le monde avec la sagesse de la pierre,
vacant
inextricablement mêlés au plus profond de sa chair
la vigueur d'une jeune pousse,
la puissance d'un olivier aux racines millénaires enchevêtrées dans l'abrupt d'une pente
c'est la nuit
l'air chargé de senteurs indistinctes s'égare
l'arpenteur ralentit
il erre maintenant
quelque part l'attend un calice
au plus profond du silence
il sait où
lâche
il rentre dans le jour comme dans une coquille
jusqu'au prochain crépuscule

Gwenaëlle Leprat
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L'IMMACULÉE CONCEPTION (extrait)







... L’amour a toujours le temps. Il a devant lui le front d’où semble venir la pensée, les yeux qu’il s’agira tout à l’heure de distraire de leur regard, la gorge dans laquelle se cailleront les sons, il a les seins et le fond de la bouche. Il a devant lui les plis inguinaux, les jambes qui couraient, la vapeur qui descend de leurs voiles, il a le plaisir de la neige qui tombe devant la fenêtre. La langue dessine les lèvres, joint les yeux, dresse les seins, creuse les aisselles, ouvre la fenêtre; la bouche attire la chair de toutes ses forces, elle sombre dans un baiser errant, elle remplace la bouche qu’elle a prise, c’est le mélange du jour et de la nuit. Les bras et les cuisses de l’homme sont liés aux bras et aux cuisses de la femme, le vent se mêle à la fumée, les mains prennent l’ensemble des désirs...

Paul Eluard et André Breton

LA FIN DU MONDE (prendre corps) de Ghérasim Luca



(prendre corps)
Je te narine je te chevelure
je te hanche
tu me hantes
je te poitrine
je buste ta poitrine puis te visage
je te corsage
tu m’odeur tu me vertige

tu glisses
je te cuisse je te caresse
je te frissonne
tu m’enjambes
tu m’insuportable
je t’amazone
je te gorge je te ventre
je te jupe
je te jarretelle je te bas je te Bach
oui je te Bach pour clavecin sein et flûte

je te tremblante
tu me séduis tu m’absorbes
je te dispute
je te risque je te grimpe
tu me frôles
je te nage
mais toi tu me tourbillonnes
tu m’effleures tu me cernes

tu me chair cuir peau et morsure
tu me slip noir
tu me ballerines rouges
et quand tu ne haut-talon pas mes sens
tu les crocodiles
tu les phoques tu les fascines
tu me couvres
je te découvre je t’invente
parfois tu te livres

tu me lèvres humides
je te délivre je te délire
tu me délires et passionnes
je t’épaule je te vertèbre je te cheville
je te cils et pupilles
et si je n’omoplate pas avant mes poumons
même à distance tu m’aisselles

je te respire
jour et nuit je te respire
je te bouche
je te palais je te dents je te griffe
je te vulve je te paupières
je te haleine
je t’aine
je te sang je te cou

je te mollets je te certitude
je te joues et te veines

je te mains
je te sueur
je te langue
je te nuque
je te navigue
je t’ombre je te corps et te fantôme
je te rétine dans mon souffle
tu t’iris

je t’écris
tu me penses

Ghérasim Luca.
(Paralipomènes)


LE MARTINET de René Char







Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie sa joie autour de la maison. Tel est le cœur.

Il dessèche le tonnerre. Il sème dans le ciel serein.
S’il touche le sol, il se déchire.
Sa répartie est l’hirondelle. Il déteste la familière.
Que vaut dentelle de la tour ?
Sa pause est au creux le plus sombre. Nul n’est plus à l’étroit que lui.

L’été de la longue clarté, il filera dans les ténèbres, par les persiennes de minuit.

Il n’est pas d’yeux pour le tenir. Il crie, c’est toute
sa présence.
Un mince fusil va l’abattre. Tel est le cœur.

René Char
Dos aux étoiles


En collaboration avec Yvon Le Men, nous avons créé et édité Dos aux étoiles, comprenant des poésies inclues dans son dernier ouvrage paru aux éditions Flammarion en 2009 : Si tu me quittes, je m’en vais.
16 pages + couverture, au format 21x21cm, sur papier Johannot 240g.
Quatre gravures illustrent ce recueil.
Les eaux fortes ont été réalisées sur plaques cuivre 15x20cm.
Gravures Christian Lavalette
Poèmes Yvon Le Men

Consultable à l'association Gaz.



Etoiles

Caresse



AIGLUN
Photos Christian Lavalette
Poésie Gwenaëlle Leprat
Format 21 x 21cm - imprimé sur Arches 185g pur coton
Prix : 65 euros
Commande : clav@neuf.fr







- - -
Jeu de cartes d'écriture
Pour ceux qui aiment jouer à écrire,
52 cartes illustrées
52 incipits (premières phrases) de romans célèbres,
Présentation en coffret cannelé
Format 14 x 14cm - imprimé sur Arches 185g pur coton
Prix : 65 euros Commande : clav@neuf.fr





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Poésie Michel Coz
en 15 feuillets doubles avec gravures de Christian Lavalette
Présentation en coffret cannelé - signé par l'auteur
Format 14 x 14cm - imprimé sur Arches 185g pur coton
Prix : 45 euros
Commande : clav@neuf.fr









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14 Poésies de Jean Gennaro
Présentation en coffret cannelé
Photos de Christian Lavalette.
Format 14x14cm - imprimé sur Arches 185g pur coton
prix :
Commande clav@neuf.fr





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SED NON SATIATA
Poésie de Charles Baudelaire
4 gravures de Christian Lavalette
Format 21 x 21cm - imprimé sur Arches 185g pur coton
Couverture Arches 240g
prix : 65 euros
Commande clav@neuf.fr

Ateliers 2eme semestre 2010

Ateliers de Maurecourt,
les jeudis :

1 er et 15 avril
6 et 27 mai
3 et 17 juin
(2 séances supplémentaires sont proposées de 19h30 à 22h30 - dates à
définir ensemble)

Ateliers d'Andrésy,
les samedis :

10 et 17 avril
15 et 29 mai
5 et 19 juin
(3 avril week-end de Pâques, 1er et 8 mai fériés, 22 mai week-end de la
Pentecôte!)

SALON LIVRES EN MAI 2008

Salon Livres en Mai les 24 et 25 mai 2008

Le salon Livre en mai se déroulera dans la meilleure des ambiances au Lycée Henry IV à Paris, parsemé d'amoureux du livre de l'écriture et du papier.
Que de beaux ouvrages... Nous y tiendrons un stand ou nous présenterons les nouveaux ouvrages édités par l'association, dont les recueils de poésie de Michel Coz et Jean Gennaro.

Les publications présentées :
(voir)
Recueil de Poésie de Michel Coz
Recueil de poésie de Jean Gennaro
Recueil de nouvelles de Gwenaëlle Leprat
Jeu d'incipit "Grands auteurs français" 52 cartes. (voir)

A bientôt au Salon


COFFRET DE JEU D'INCIPIT(S) de 52 cartes - Grands romans français


A vous de jouer
À déguster comme tels, ou à utiliser pour jouer avec une grande liberté comme aimaient le faire les surréalistes, et écrire comme on rêve.
Comment jouer ?
En tirant au sort une carte ou en la choisissant pour servir de départ à un texte à venir.

Il contient 52 cartes d'auteurs classiques, reprenant chacune le début d'un roman, d'ou le nom latin Incipit *.
• Dans un groupe, on choisit un même incipit pour tous pour confronter, à l’occasion d’une lecture à voix haute, l’univers de chacun. Donner alors une contrainte de temps commune.
• Ou on choisit chacun une carte d’incipit différente, on commence à écrire, puis on fait tourner son texte pour que ses voisins poursuivent le texte commencé, qui peut être caché ou donné à lire.

Mille contraintes peuvent pimenter le jeu. Reprendre son histoire en changeant de style comme Queneau qui décrit la même scène tout au long de son ouvrage ( la carte Exercices de style). Renoncer à une voyelle courante (A, E I, O, U) comme Pérec qui a écrit un roman entier sans utiliser la voyelle E (la carte Disparition). À pratiquer aussi sous forme de joute oratoire improvisée.

INCIPIT ?
On nomme incipit (d
u latin incipire, commencer) les “premiers mots d’un manuscrit, d’un livre” (dict. Robert).
Gwenaëlle Leprat qui animatrice des ateliers d’écriture de Gaz à tous les étages, et
Maya Vigier ont sélectionné ces 52 incipit de grands romans français, illustrés par Alain Plouvier, Charles Spiessert et Christian Lavalette. La réalisation graphique de cette édition est de Christian...
Gaz à tous les étages : 01 39 27 02 14 - clav@neuf.fr
Tirage sur papier Arches grain fin 185 g, fait main.
Prix de vente : 35 euros
.
Pour commander : clav@neuf.fr


* Son contraire est l’explicit (explicit liber : “Le livre finit ici”).
L’idée d’en jouer... C’est aux surréalistes que l’on doit le jeu du Cadavre exquis qui se joue à plusieurs avec une feuille de papier pliée en accordéon sur laquelle chacun écrit une partie de phrase, sans savoir ce qui a été écrit précédemment. La première phrase obtenue de cette façon - “Le cadavre exquis boira le vin nouveau”- a donné son nom au jeu bien connu de tous. Autre phrase célèbre -“La marquise sortit à cinq heures”- est en fait de Paul Valéry, cité par Breton dans le Premier Manifeste du surréalisme (1925) comme contre-exemple d’incipit !

1 NOUVELLE COQUINE



Rouge tomate

Très vite, elle avait voulu faire l’amour dans la serre où poussaient les plants de tomate. Cette odeur l’enivrait. « Viens ! » disait-elle en l’attirant sur le paillage. Il ne résistait jamais.
Avant de la rencontrer, il ne mélangeait pas travail et vie privée. Pour être honnête, il n’avait alors pas beaucoup de vie privée. Mangeant midi et soir à la table de ses parents, il prenait tout au plus une demi-journée de liberté par semaine, soit 24 jours dans l’année, desquels il fallait encore décompter les sorties de chasse qui excluaient le sexe féminin, à l’exception du gibier ciblé.
Elle était arrivée comme une fleur à une période où l’exploitation manquait de petites mains pour ramasser les tomates. Dés le lendemain, cette jolie chatte de ville s’était collée à lui. Après le départ des employés, ils avaient fait l’amour dans la serre, à même le sol. Elle avait instantanément abandonné ses études de langue et s’était installée chez lui, enfin chez ses vieux, un peu affolés de la rapidité des événements mais rassurés d’avoir un écho de sa virilité, laquelle s’exerçait habituellement en toute discrétion aux abords de la gare de Carpentras
Cette belle gamine tombée du ciel le comblait de bonheur. Il avait obtenu pour son couple l’ancienne maison des grands-parents, autant dire un territoire, ce dont il était très fier. Elle s’était amusée à récupérer des meubles dans le grenier, l’avait entraîné dans les magasins faire ses premiers gros achats. Le décor était campé et il n’avait pas pris ombrage du fait qu’après cette période d’installation mouvementée, elle ne retourne pas travailler dans la serre. De la main d’œuvre, il en trouverait toujours tandis qu’une femme… Non vraiment, il l’avait bien pris.
Son souci était ailleurs, c’était un souci diffus qui ne s’annonçait jamais, le précipitait dans une grande confusion pour s’effacer de façon tout aussi inattendue. Pourtant… Comment expliquer ? La belle plante dont il s’était entiché ne voulait pas de lui au lit. Elle le repoussait systématiquement et se mettait à pleurer dès qu’il insistait. Bien sûr, il n’avait personne à qui en parler.
Du reste, beaucoup l’auraient envié s’ils avaient su. Elle le rejoignait chaque jour après le départ du dernier employé, se glissait à pas de loup dans la maison de verre, lui tendait invariablement une bière blonde et se déshabillait, l’œil allumé, tandis qu’il buvait à petites gorgées. Puis elle enfouissait son nez dans les plants de tomates, se couchait au sol et lui offrait son corps sans la moindre retenue. Dans la serre, c’était une vraie lionne. Parfois, elle le frictionnait de feuilles de tomate avant de le renifler. Leurs ébats se poursuivaient dans la douche des employés. Jamais au-delà.
Le couple rejoignait alors la table des parents. Il faut dire que la mignonne était végétarienne et n’aimait pas cuisiner, alors que la mère avait un tour de main réputé dans toute la vallée. Ne pas chercher à rivaliser avec sa daube de sanglier ou ses lasagnes de pommes de terre était source de tranquillité.
Tout cela était aujourd’hui menacé, il en était persuadé. A la surprise de tous, il avait même dit à la réunion de producteurs que nouveau virus ou pas, il refusait d’arracher ! Il s’était fait incendier, lui le pionnier toujours prêt à montrer l’exemple dans la profession. Le technicien avait recommencé son explication : le virus répertorié dans sa serre était diffusé par un insecte ravageur contre lequel les scientifiques n’élevaient pas encore d’insecte prédateur, de plus tous les traitements chimiques s’avéraient inefficaces. Vite , il fallait arracher les plants avant que le virus ne se propage dans les environs.
Le soir, il n’eut ni le courage de la mettre au parfum, ni la flamme nécessaire pour honorer son appétit sexuel.

Les collègues débarquèrent le lendemain pour aider à vider et désinfecter la serre. Dans la journée, le travail collectif eut raison de ses bouffées d’angoisse. Mais ils n’avaient toujours pas fini et l’heure à laquelle elle le rejoignait approchait. La serre était désormais vide, soumise à une désinfection à la vapeur dont l’efficacité restait à prouver. Dehors, les pieds de tomates arrachés, encore verts, brûlaient difficilement dans un fût métallique. Il pensa à sa chambre si confortable avec son lit vaste comme un navire, ses draps de lin blanc qui fleuraient bon la lavande, ses rideaux épais, son fauteuil à bascule où il l’imaginait déjà…

Comme de coutume en pareille occasion, il convia ses collègues à boire un verre, avant de la croiser à mi-chemin. Elle accompagna la joyeuse bande sans poser la moindre question. Ceux qui étaient là produisaient tous des tomates sous abris. Ils passèrent un bon moment, à parler de tout et de rien, surtout pas du travail. Il sentait bien qu’on lui enviait sa femme.
Attendus à la table familiale, ils se firent réprimander par les parents qui ne supportaient pas d’attendre pour sucer leurs ossailles.
Pendant le repas, il ne la quitta pas des yeux. Il avait l’intention de tout lui dire. Il pourrait enfin la prendre dans la douceur du lit ...

En regagnant leur maison, elle chercha à l’entraîner vers la serre. Il résista avec sa fatigue pour pauvre argument. Au lit, quand elle le repoussa, il se décida enfin à parler. D’ici deux mois, tout serait comme avant, jurait-il. Elle ne répondait pas, semblait dormir déjà. Lorsqu’il chercha à se lover contre elle, elle changea clairement de position pour l’écarter.
Il n’avait plus qu’à demander à Serge, son collègue le plus proche, de disposer de sa serre en soirée. La requête était embarrassante mais son couple le valait bien.
Deux jours plus tard, il invitait sa fiancée à monter dans le 4x4. Elle continua à faire la tête jusqu’à ce qu’il referme sur eux la porte coulissante de la serre. Dans les effluves de tomates, qu’il ressentait enfin, ils firent l’amour avec plus de fougue que jamais. Elle retrouvait sa belle, sa superbe nature.
Le soir même, il la pénétrait pour la première fois dans l’intimité de la chambre… Il faut dire qu’elle n’avait pu se résoudre à quitter la serre sans arracher une brassée de branches de tomates. De retour chez eux, elle avait ouvert le lit, en avait frotté les draps et les oreillers avant de se coucher, nue, les cuisses ouvertes, à la lueur d’une bougie.

Quand le livreur de plants maraîchers klaxonna à 10 heures du matin, il n’était toujours pas réveillé. Sa journée passa à la vitesse de l’éclair. En fin d’après-midi, il courut la retrouver à la maison.
Il n’y avait personne en bas. Personne dans la chambre. Il réalisa que le 4x4 aussi manquait. Sans doute avait-elle voulu lui faire une surprise ? L’attendait-elle déjà à la serre ? Il se décida à avancer sur le bord de la route avec l’excitation typique d’un bonheur en perspective. Deux kilomètres plus tard, il repérait son véhicule devant la serre du voisin. Comme il la connaissait ! Il tira l’ouvrant avec la vigueur de son impatience et le laissa béant : elle était bien là, nue, couchée au fond de la traverse, offerte aux caresses de Serge !

Il courut jusqu’au 4x4 sans reprendre sa respiration. Près de la porte côté passager, il y avait une grosse valise et un sac de voyage, jetés au sol dans l’impétuosité du désir. Il grimpa, recula le siège conducteur, claqua la porte et démarra. Il devait rappeler d’urgence l’entreprise de plants : c’en était fini des tomates, il produirait des poivrons. Des jaunes et des verts.

••• Manon Adret ©

Les nouvelles sont éditées en coffret de 6 nouvelles illustrées sur couverture en Arches 185g, Prix du coffret 30 euros (+ frais d'envoi).
Pour commander nous faire parvenir un email à clav@neuf.fr